Tang Wuzong

Définition

Mark Cartwright
de , traduit par Babeth Étiève-Cartwright
publié le 10 octobre 2017
Disponible dans ces autres langues: anglais, chinois
Imprimer l'article
Wuzong of Tang (by Unknown Artist, Public Domain)
Tang Wuzong
Unknown Artist (Public Domain)

Tang Wuzong (également Li Chan) régna en tant qu'empereur de Chine de 840 à 846. Il est surtout connu aujourd'hui pour sa persécution des bouddhistes, la pire attaque de ce type dans toute l'histoire de la Chine, et pour sa mort prématurée par aliénation mentale due à l'abus de drogues. Wuzong réussit néanmoins à éviter à la dynastie Tang les luttes politiques excessives et la domination des eunuques qui avaient affecté les cours de ses prédécesseurs.

Réalisations politiques

Wuzong vit le jour en 814, cinquième fils de l'empereur Muzong (r. de 820 à 824). Il était le frère cadet de son prédécesseur, l'empereur Wenzong (alias Wen-tsung, r. de 827 à 840) et portait le titre de prince de Ying avant sa succession. Il accéda au trône parce que le propre fils de Wenzong était mort dans des circonstances mystérieuses en 838. Wuzong bénéficiait également du soutien inconditionnel des eunuques de la cour, le puissant groupe qui dominait la politique chinoise. L'historien M. T. Dalby résume ici son caractère et son style de gouvernement:

Supprimer la pub
Publicité

...l'empereur était impétueux, rapide et têtu. Mais, contrairement à son frère aîné Wen-tsung, il était également astucieux et décisif. Comme un certain nombre de ses prédécesseurs, il s'intéressait autant à la religion qu'à la politique. Au penchant familial pour les expériences alchimiques à la recherche de l'immortalité, il ajouta un véritable intérêt pour le taoïsme.

(Twitchett, 663).

L'empereur trouva un autre allié de taille en la personne de son principal ministre Li Deyu (787-850). Deyu avait été brièvement exilé lors d'un règne précédent et le serait encore dans le futur, mais Wuzong semblait apprécier ses talents. Ensemble, ils parvinrent à réduire les factions politiques qui avaient longtemps assailli la cour des Tang et même à réduire, petit à petit, l'influence des eunuques qui avaient longtemps abusé de leur position privilégiée au sein du palais, contrôlant qui avait accès à l'empereur et profitant de cette situation.

Wuzong s'engagea à réduire le pouvoir des monastères bouddhistes en fermant un grand nombre d'entre eux et en révoquant les licences d'un grand nombre de prêtres.

La stratégie de gouvernement de Deyu consistait à réduire la participation de tous les ministres en chef, qui s'étaient notoirement opposés lors des discussions sur la politique à suivre sous l'empereur précédent. Au lieu de cela, Deyu prit lui-même toutes les décisions importantes en consultation avec l'empereur et supprima les débats et les factions qui en découlaient et qui faisaient traditionnellement partie du gouvernement Tang. Comme il le disait lui-même, les décisions gouvernementales devaient "sortir d'une seule porte" (Twitchett, 661). Certes, Deyu nomma certains de ses fidèles assistants à des postes subalternes, mais il résista également à la purge habituelle de la cour qui suivait chaque nouvelle succession. Une autre caractéristique du nouveau régime était la tenue méticuleuse de registres publics pour toutes les communications, réunions et décisions officielles.

Supprimer la pub
Publicité

Persécution du bouddhisme

Wuzong était un taoïste convaincu et sa tristement célèbre persécution du bouddhisme entre 842 et 845 était une question de conscience, même s'il y avait aussi de bonnes raisons politiques et des arguments économiques solides pour limiter le pouvoir sans cesse croissant des monastères bouddhistes. Les temples étaient considérés par l'État davantage comme un lieu de refuge pour ceux qui se soustrayaient à leurs obligations fiscales et civiques que comme un lieu de retraite pour une véritable contemplation savante et religieuse. Contrairement à ses deux grands rivaux, le taoïsme et le confucianisme, le bouddhisme était largement perçu comme une religion "étrangère" et pas nécessairement bénéfique pour l'État chinois. Les richesses accumulées grâce à la propriété foncière, les dons accumulés et l'exonération fiscale, ou encore le soutien fréquent apporté à ceux qui subissaient la politique ou la mauvaise gestion du gouvernement, n'étaient pas non plus de nature à rendre les monastères bouddhistes sympathiques aux yeux des autorités. Cela était d'autant plus vrai que les coffres de la cour des Tang étaient désormais vraiment appauvris. Enfin, de nombreux chefs bouddhistes faisaient l'objet d'un tel culte qu'ils menaçaient parfois, avec leurs sociétés secrètes, l'autorité locale.

Tang Dynasty Standing Buddha
Bouddha debout de la dynastie Tang
Liana Miate (CC BY-NC-SA)

Ces attaques ne furent pas sans critiques, mais Wuzong s'attacha à réduire le pouvoir des monastères en fermant nombre d'entre eux et en révoquant les licences d'un grand nombre de prêtres. Les premiers moines à disparaître étaient ceux qui s'étaient mariés, avaient pratiqué la médecine ou avaient bafoué les règles monastiques. Les membres du clergé manichéen, étroitement associés à la tribu voisine des Ouïghours (voir ci-dessous), furent ensuite pris pour cible. Au cours des années suivantes, le gouvernement adopta une série d'édits visant à contrarier et à réprimer le bouddhisme en Chine, allant de l'interdiction de vénérer certaines reliques à la destruction systématique des textes sacrés et des œuvres d'art.

Supprimer la pub
Publicité

En 845, l'État prit des mesures encore plus draconiennes contre tout ce qui était bouddhiste, comme la confiscation des terres détenues par les monastères et l'épuration des personnes figurant sur un recensement spécialement établi à cette fin. À la fin de l'année, 4 000 monastères et 40 000 petits temples et sanctuaires ruraux avaient été détruits. 250 000 moines avaient été déchus de leur statut monastique et d'innombrables reliques d'or, d'argent et de cuivre avaient été saisies et fondues. La persécution ne prit fin qu'avec la mort prématurée de Wuzong, mais il était déjà trop tard, et les monastères bouddhistes ne retrouvèrent jamais la richesse et le pouvoir qu'ils avaient perdus en Chine.

Tang Empire & Neighbouring States
Empire Tang et États voisins
Peppe64 (CC BY-SA)

Menaces frontalières

Outre les problèmes internes, Wuzong était également confronté à des problèmes externes. Nanzhao, un royaume tributaire indépendant situé dans le sud-ouest (l'actuelle province du Yunnan), avait déjà manifesté ses ambitions territoriales en attaquant Chengdu en 829 et continua à faire valoir ses prétentions sous le règne de Wuzong. Un autre État à problèmes était celui des Ouïghours turcs au nord (dans certaines parties de l'actuelle Mongolie intérieure), qui cherchaient également à redessiner leur frontière avec la Chine après avoir perdu une grande partie de leur territoire au profit de la confédération nomade kirghize. En 840, plus de 100 000 nomades se rassemblèrent aux frontières de la Chine, près de la rivière Huang-ho. Dans l'immédiat, les Chinois durent renforcer leurs défenses frontalières et construire de nouvelles forteresses. Ils renforcèrent également les forces armées de la région qui s'étaient affaiblies au cours des dernières décennies. En 843, les Chinois attaquèrent le camp ouïghour avant de poursuivre l'ennemi dans le désert de Gobi, où 10 000 membres de la tribu furent tués et 20 000 furent faits prisonniers. Une montagne située sur le site du massacre a reçu le nom de Sha-hu shan ou "montagne des tueurs de huns".

Dans les deux cas, l'empereur put, avec l'aide de Li Deyu, défendre avec succès le statu quo. En récompense de sa campagne contre les Ouïghours et de la répression d'une rébellion dans la province de Zhaoyi (Chao-i), Deyu fut fait duc de Wei en 844.

Supprimer la pub
Publicité

Mort et successeur

Wuzong mourut en 846 à l'âge de 33 ans. La cause de sa mort prématurée fut probablement la folie, directement causée ou, au mieux, aggravée par l'abus de drogues dans sa quête de l'élixir de vie - des concoctions préparées à partir de cœurs et de foies d'enfants si l'on en croit les sources bouddhistes. Les fils de Wuzong ayant été jugés trop jeunes pour monter sur le trône, son oncle, l'empereur Xuanzong (r. de 846 à 859), lui succéda et mit fin, notamment sous son règne, à la persécution des bouddhistes.

Supprimer la pub
Publicité

Bibliographie

World History Encyclopedia est un associé d'Amazon et perçoit une commission sur les achats de livres sélectionnés.

Traducteur

Babeth Étiève-Cartwright
Babeth s'est consacrée à la traduction après avoir enseigné l'anglais au British Council de Milan. Elle parle couramment le français, l'anglais et l'italien et a 25 ans d'expérience dans le domaine de l'éducation. Elle aime voyager et découvrir l'histoire et le patrimoine d'autres cultures.

Auteur

Mark Cartwright
Mark est un auteur, chercheur, historien et éditeur, à plein temps. Il s'intéresse particulièrement à l'art, à l'architecture et à la découverte des idées que partagent toutes les civilisations. Il est titulaire d'un Master en Philosophie politique et est le Directeur de Publication de WHE.

Citer cette ressource

Style APA

Cartwright, M. (2017, octobre 10). Tang Wuzong [Emperor Wuzong of Tang]. (B. Étiève-Cartwright, Traducteur). World History Encyclopedia. Extrait de https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16383/tang-wuzong/

Style Chicago

Cartwright, Mark. "Tang Wuzong." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. modifié le octobre 10, 2017. https://www.worldhistory.org/trans/fr/1-16383/tang-wuzong/.

Style MLA

Cartwright, Mark. "Tang Wuzong." Traduit par Babeth Étiève-Cartwright. World History Encyclopedia. World History Encyclopedia, 10 oct. 2017. Web. 02 avril 2025.

Adhésion