
La dynastie Shaishunâga (également dynastie Śaiśunāga) régna sur le royaume de Magadha dans l'Inde ancienne de 413 à 345 avant notre ère (dans certaines sources, à partir de 421 av. J.-C.). Il s'agirait de la troisième dynastie impériale de Magadha après les Brihadratha et les Haryanka, bien que la dynastie Brihadratha soit aujourd'hui considérée comme mythique. Le premier souverain de la dynastie, Shaishunâga, qui lui donna son nom, arriva au pouvoir lorsque le peuple se révolta contre la dynastie précédente des Haryanka au Ve siècle avant notre ère. La dynastie des Shaishunâga eut un règne très court avant d'être remplacée par les Nandas puis les Mauryas, mais elle contribua également à la fondation solide de l'empire de Magadha qui allait dominer le sous-continent indien pendant les siècles à venir.
L'Inde avant les Shaishunâga
Après que la civilisation védique eut pris racine dans le sous-continent indien vers 1500 avant notre ère, diverses unités politiques virent le jour dans le nord et le nord-ouest de l'Inde. Cette situation changea à partir du 6e siècle avant notre ère, lorsque certains royaumes s'élevèrent à l'est, dans la plaine fertile indo-gangétiques. À cette époque, le sous-continent indien se divisait principalement en deux unités politiques: les Janapadas (qui signifient grosso modo l'emprise du peuple) et les Mahajanapadas (l'emprise plus importante du peuple). Il y avait 16 Mahajanapadas, et au 6ème siècle avant notre ère, quatre d'entre eux devinrent très puissants - Kosala, Avanti, Vatsa, et enfin Magadha. L'ancien royaume de Kosala correspond à peu près à certaines parties de l'actuel État de l'Uttar Pradesh en Inde. Avanti était l'Inde centrale et les États actuels du Madhya Pradesh et du Chhattisgarh, et Vatsa était également une autre partie de l'État moderne de l'Uttar Pradesh.
La plus puissante d'entre elles était Magadha, qui allait dominer l'ensemble du sous-continent à l'époque des Mauryas. Toutes les polities proches de Magadha, à l'exception d'Avanti, furent vaincues au combat et progressivement annexées par le roi guerrier Ajatashatru (r. d'environ 493/492 à environ 462/460 av. J.-C.) de la dynastie Haryanka. Il vainquit également la puissante confédération des Vrijjis au nord immédiat, avec leur capitale à Vaishali, après 16 ans de guerre dans l'Inde ancienne, de 484 à 468 avant notre ère. Au moment où Shaishunâga monta sur le trône, le Magadha, qui correspond approximativement aux provinces actuelles du Bihar, du Jharkhand, de l'Uttar Pradesh, de l'Odisha, du Bengale occidental et des pays du Bangladesh et du Népal, disposait d'un système d'administration et de gouvernement très efficace, d'une armée puissante et d'un réseau commercial florissant.
Ascension de Shaishunâga
On ne sait pas grand-chose de la vie et de l'enfance de Shaishunâga. Les récits bouddhistes disent seulement qu'il était un fonctionnaire de Magadha très efficace qui aurait certainement impressionné les citoyens par son travail acharné et son honnêteté, ce qui lui aurait permis d'atteindre le sommet. La littérature de l'époque relate de manière saisissante son ascension au pouvoir. Avant les Shaishunâga, les souverains de l'ancienne dynastie Haryanka se succédaient au trône un par un par le biais de patricides depuis l'époque du roi Ajātaśatru. Cette hémorragie familiale finit par lasser les gens du peuple qui déposèrent le dernier souverain de cette dynastie, probablement du nom de Nagadasaka, et choisirent le fonctionnaire le plus qualifié du royaume.
Les conquêtes
Shaishunâga hérita du vaste territoire et des ressources du Magadha. La région de Magadha, qui est aujourd'hui le Bihar, est traditionnellement riche en ressources minérales, en minerais de fer pour fabriquer des armes, et en jungles avec ses bois et ses éléphants pour aider l'armée. Ses champs produisaient également suffisamment de récoltes pour nourrir d'immenses armées, et les rois Haryanka, à partir du règne de Bimbisara, en tirèrent parti. Shaishunâga renforça davantage encore l'armée de Magadha à son époque, et sa plus grande réussite militaire, qui surpassa même ses prédécesseurs, fut de combattre avec succès le royaume d'Avanti et de le vaincre dans la foulée. À partir de l'époque de Shaishunâga, Avanti devint une partie de Magadha et la dynastie Pradyota d'Avanti cessa d'exister.
Son fils Kalashoka succéda à Shaishunâga, mais on ne sait pas grand-chose de ses exploits militaires. Il se prélassa peut-être dans la gloire des conquêtes de son père. Kalashoka eut dix fils qui le suivirent, mais les archives sont très obscures. On dit qu'ils se seraient partagés le royaume au lieu de choisir celui qui serait capable de monter sur le trône. Cela affaiblit considérablement l'empire dans les dernières années, et une chute rapide s'ensuivit.
La religion
Depuis l'avènement des Védas après 1500 avant notre ère, la société indienne ancienne était divisée en quatre castes principales: les brahmanes, les kshatriya, les vaishyas et les shudras, et s'était transformée en une sphère d'influence des brahmanes. Cependant, comme la civilisation se concentrait principalement sur le nord-ouest à cette époque, l'est de l'Inde restait en dehors du corpus védique. C'est probablement la raison pour laquelle d'autres philosophies et pensées se développèrent principalement dans cette partie de l'Inde. Il est important de noter qu'à l'époque de la dynastie Haryanka, politiquement et militairement agressive, le bouddhisme et le jaïnisme s'enracinèrent profondément dans l'est du sous-continent indien.
Ces deux religions prêchaient la paix et l'ascétisme et, ironiquement, elles étaient toutes deux massivement soutenues par les souverains Haryanka. L'empire de Magadha continua à soutenir le bouddhisme, le jaïnisme, l'ajivikaïsme et d'autres religions sous les Shaishunâga. Le deuxième concile bouddhiste se tint à Vaishali sous leur règne (le premier s'étant probablement déroulé sous l'égide des Haryanka). Les futurs empereurs de Magadha continuèrent à soutenir le bouddhisme et le jaïnisme, à la grande consternation des brahmanes. Bien que les souverains de Magadha ne se soient pas opposés à l'hindouisme, celui-ci ne put s'y enraciner plus profondément à cette époque.
Le règne de Kalashoka
On ne sait pas grand-chose du règne de Kalashoka. Il fut d'abord vice-roi de l'importante ville de Varanasi (Kashi) sous le règne de son père Shaishunâga. Cependant, outre le deuxième concile bouddhique qui se déroula sous son règne vers 383 avant notre ère, on se souviendra également de son règne pour l'incident important du transfert définitif de la capitale de Magadha à Pataliputra (Patna moderne), une ville fortifiée développée autrefois par Ajātaśatru et son fils Udaya. C'était une période d'expansion rapide de Magadha, et Kalashoka dut poursuivre le système administratif et militaire existant, avec traditionnellement les quatre unités que sont la cavalerie, les chars, l'infanterie et les éléphants.
Le déclin
Les faits sont plus obscurs à la fin du règne de la dynastie Shaishunâga qu'au début. Selon les Puranas de l'hindouisme, le dernier roi Shaishunâga fut Mahanandin. Mahanandin était probablement un petit-fils de Kalashoka; il était peut-être un fils de Nandivardhan, qui était l'un des fils de Kalashoka, mais il est impossible de savoir s'il était l'un des fils ou un petit-fils de Kalashoka sans preuves archéologiques supplémentaires.
La tradition veut que Kalashoka ait été brutalement assassiné en se faisant enfoncer un couteau dans la gorge par un Shudra, un homme de basse caste qui usurpa le trône et forma la dynastie Nanda. Si cela avait été vrai, ses fils et son petit-fils Mahanandin n'auraient pas pu régner. Certains Puranas affirment également que c'est Mahanandin qui aurait été brutalement assassiné par un amant Shudra de sa femme (qui fut probablement aidé par la femme également). Cet amant Shudra forma la dynastie des Nandas et en devint le premier souverain sous le nom de Mahapadma Nanda. Il est plus probable que ce soit le cas avec Mahanandin, le dernier souverain des Shaishunâga. Le texte bouddhiste"Mahabodhivamsa" donne également les noms des dix fils de Kalashoka; le nom de Nandivardhan est également mentionné; il était probablement le père de Mahanandin.
La tradition dit aussi que Mahapadma Nanda, également mentionné comme Ugrasena Nanda, était un fils illégitime du dernier souverain Shaishunâga, Mahanandin. Quoi qu'il en soit, il est désormais certain que la lignée des Shaishunâga s'éteignit vers 345 avant notre ère. La dynastie Nanda débuta avec le règne de Mahapadma Nanda, auquel succédèrent les Mauryas, qui portèrent l'empire de Magadha à son apogée.
Bien que la dynastie des Shaishunâga ait été courte et que l'on ne sache pas grand-chose d'eux en dehors de Shaishunâga lui-même, qui s'éleva par son travail acharné et son intelligence au rang d'officier de l'empire, ils contribuèrent à faire de Magadha le royaume le plus puissant du sous-continent indien, qui connut son apogée sous Asóka Maurya. Sous les Shaishunâga, comme sous d'autres dynasties magadhanes, diverses philosophies et religions s'épanouirent également, en particulier le bouddhisme et le jaïnisme. Les souverains avaient également un penchant pour la culture et soutenaient diverses vocations. Cependant, les dynasties furent également le théâtre d'effusions de sang, d'intrigues, de politiques et de trahisons. C'était une époque de changements et de bouleversements, et les différents souverains donnèrent également une impulsion à leurs successeurs pour qu'ils se développent.